Le 5 juin 2004 au "Café de La Cloche" Soiré de présentation à Lyon, du livre d’Alain SOUBIGOU, une biographie de MASARYK 1850-1937 (chez Fayard), préfacée par V. HAVEL, en présence de l’auteur.

Le dernier café littéraire fut animé par Monsieur Alain Soubigou, docteur en Histoire et Maître de conférence à l’IEP. Il a choisi d’aborder un aspect de la vie de Masaryk qui nous concerne particulièrement aujourd’hui : Masaryk et l’Europe.

Il commence son exposé par une interrogation : Comment Masaryk peut-il être européen tout en étant le premier Président de la Tchécoslovaquie de 1918 à 1935 ?

Monsieur Soubigou nous parle alors de l’enfance de Masaryk, très marquée dès le départ par le plurilinguisme familial d’une mère tchèco-allemande et d’un père slovaque. Une ambiance mixte à laquelle s’ajouta une scolarité en langue allemande sous l’influence initiatrice de sa mère. On apprend aussi que Masaryk a acquis le sens du concret par une période d’apprentissages manuels et techniques.

Puis, il poursuivit ses études de Latin et s’orienta progressivement vers la Philosophie tout en étant précepteur dans des familles bourgeoises de Brno, puis de Vienne. Il eut alors la chance d’avoir accès aux livres afin d’approfondir sa connaissance du latin, de découvrir le grec…
Il s’intéressa ensuite à la cause des polonais dont il apprit la langue. Il apprit aussi le russe, puis le français en s’intéressant particulièrement aux écrits philosophiques du penseur Ernest Renan. Il en tira d’ailleurs de nombreux enseignements, notamment « d’avoir le courage de sa pensée » ce qui favorisa sa rupture avec le catholicisme durant une dizaine d’années.

Il décida alors de partir étudier en Allemagne à Leipzig, lieu de son importante rencontre avec l’américaine étudiante en Musicologie, Charlotte Garrigue en 1877 qui devint son épouse.

Il devint professeur d’université à Vienne, haut lieu de l’enseignement philosophique.

Puis, après quelques hésitations, il saisit l’opportunité d’aller enseigner dans la ville de province qu’était à l’époque Prague. Virage qui le transporte dans le milieu tchèque et qui s’avère particulièrement difficile. En effet, ses références philosophiques allemandes et sa maîtrise imparfaite du tchèque lui valent une première phase d’opposition des intellectuels tchèques. Il dénonça par la suite les incohérences des manuscrits tchèques de Zelena Hora, puis défendit la cause d’un juif accusé de l’assassinat d’une catholique, ce qui ne fit qu’amplifier le phénomène. Dès 1886, il devint l’Objet de la haine des nationalistes tchèques.

A l’aube de la première guerre mondiale, il apparaissait comme l’un des principaux destructeurs de l’empire austro-hongrois. Il dénonça les machinations de Vienne et proposa de repartir sur des bases saines. Mais après la déclaration de guerre, il s’aperçut que l’empire n’était pas réformable. Ce fut alors le point de départ de la Tchécoslovaquie.

Il s’exila et partit en périple en 1914. Il rencontra alors l’élite politique et intellectuelle autrichienne, hollandaise, italienne, française. Il créa à cette période le concept d’autodétermination des peuples, le droit et le devoir d’ingérence selon lesquels petites et grandes nations ont la même dignité.

Masaryk n’a toutefois pas senti se développer l’autoritarisme autour de la Tchécoslovaquie. Il refusait d’interdire le communisme et le nazisme en proposant de les combattre avec des armes d’une autre époque, celle du combat par les idées.

Masaryk parlait déjà d’une Europe en une nation. Cette vision fut d’ailleurs reprise par un journaliste en 1930 qui proposait Masaryk comme président des états unis d’Europe.