Association Franco-Tchèque de Lyon / Česko-francouzská asociace v Lyonu

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Entres pour le Mot-clé "Prague"

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L'autre Ville

jeudi 2 avril 2015, par Gilles

Ce 2 avril paraît, aux Editions Mirobole, le roman "L'Autre Ville", de Michal Ajvaz, traduit du thèque par Benoît Meunier.

Dans une librairie de Prague, un homme trouve un livre écrit dans un alphabet inconnu et l’emporte chez lui ; bientôt l’ouvrage lui ouvre les portes d’un univers magique et dangereux. À mesure qu’il s’enfonce dans les méandres de cette autre ville, il découvre des cérémonies baroques, des coutumes étranges et des créatures fascinantes ; derrière la paisible Prague des touristes, des cafés se muent en jungles, des passages secrets s’ouvrent sous les pieds et des vagues viennent s’échouer sur les draps...


Livre hypnotique entre merveilleux et surréalisme, L’Autre Ville est une ode à la quête, et au courage nécessaire pour affronter les nouveaux mondes qui ne cessent de nous appeler.

Plus d'information sur le site de l'éditeur
 


Cent tours de Prague : la ville en version panoramique

jeudi 9 janvier 2014, par Gilles

La Ville de Prague a mis en ligne un projet visuel très intéressant : "Praha stověžatá" - Prague aux cent tours.

Sur leur site, vous pouvez choisir parmi l'une des cent tours de Prague listées pour accéder à une vue panoramique à 360° prise du haut de la tour en question. Vous y trouverez les tours les plus connues bien sûr, mais également quelques petits endroits cachés qui ne manqueront pas de vous séduire... et peut-être de vous donner de nouvelles idées de visite lors d'un passage à Prague !

Accéder au site

SIGNAL FESTIVAL - le 1er Festival des Lumières de Prague

mardi 15 octobre 2013, par Wilfried

395208_356796994398335_1895549087_n.jpgLa première édition du Signal Festival se tiendra à Prague du 17 au 20 octobre 2013. Durant quatre jours, différentes installations lumineuses dans l’espace public et video-mapping sur certains bâtiments historiques du centre-ville figurent au programme d’une manifestation inspirée de la Fête des lumières à Lyon. Et pour faire découvrir aux Pragois leur ville sous une autre lumière, deux collectifs avec un fort accent français, « 1024 Architecture » et « AntiVJ » présenteront leur travail au public...

Source : Radio Prague .

Plus d'infos sur le Signal Festival : Facebook, Site Web .

Le Café Fanta reprend du service en gare en 2014

lundi 29 juillet 2013, par Wilfried

hlavak_fantova_kavarna3.jpgDepuis quelque temps, le cœur historique de la gare principale de Prague ( hlavní nádraží ) est fermé au public. La salle du dôme abritant le Café Fanta ( Fantova kavárna ) est actuellement en rénovation, faisant suite aux travaux de modernisation de la gare amorcés en 2005.

Il s'agit de redonner une nouvelle jeunesse au bijou d'architecture et de décoration art nouveau pensé par Josef Fanta, en offrant au public notamment un nouveau café-restaurant. La rénovation du lieu doit être achevé au printemps 2014.

Source et pour plus d'infos : Radio Praha

Un Musée Grévin pour Prague en 2014

mercredi 27 mars 2013, par Wilfried

Un deuxième Musée Grévin à l'étranger (après celui de Montréal) sera ouvert au premier trimestre de 2014 à Prague, a annoncé mercredi la Compagnie des Alpes, groupe qui gère le célèbre musée parisien des personnages en cire.

Le Grévin Prague sera ouvert en mars-avril 2014 dans un palais de style fonctionnaliste bâti au début du XXe siècle pour l'industriel tchèque Tomáš Baťa (1876-1932) et situé dans la rue Celetná de la Vielle-Ville.

Sur trois niveaux et une surface totale de 3300 mètres carrés, le frère du musée parisien offrira un large espace aux personnalités locales, comme l'ex-président Václav Havel, le coureur Emil Zátopek, le chanteur Karel Gott, l'écrivain Karel Čapek, mais aussi la célèbre "Petite Taupe", vedette des dizaines de films d'animation.

Source : AFP

Reconstruction de la colonne mariale sur la place de la Vieille-Ville

mardi 26 mars 2013, par Wilfried

Ce mardi 26, le conseil municipal de Prague a voté en faveur de la reconstruction de la colonne mariale. Celle-ci s'élevait sur la place jusqu'en 1918, année durant laquelle elle fut mise à terre par un groupe anarchiste.

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Erigée en 1652, haute de 15 mêtres et surmontée d'une Vierge, cette colonne rendait hommage à la résistance des habitants de ce quartier de Prague contre les troupes suédoises.

L’Association pour le renouveau de la colonne qui a vu le jour en 1990 a confié les travaux sur le renouveau du monument à l’atelier de sculpteurs et tailleurs de pierre de Petr Váňa. La conception de la nouvelle colonne a débuté dès 1996 avec la participation bénévole du sculpteur.

Pour plus d'informations sur le sujet, voir l'article sur le site de Radio Prague.

1 timbre, 1 histoire : l'Enfant Jésus de Prague (Pražské Jezulátko)

vendredi 15 février 2013, par Wilfried

infantjesus1.jpginfantjesus2.jpgParmi les chopes, articles en cristal et autres vêtements à destination des touristes... il trône un souvenir plus traditionnel et moins évident : la statuette de l'Enfant Jésus de Prague (Pražské Jezulátko), orné de sa couronne et d'une robe colorée.

Présentée sur un timbre émis en 1991, cette figure fait partie de la riche histoire religieuse du pays. Il s'agit de la représentation de la statuette en bois et en cire qui est exposée depuis 1741 à l'intérieur de l'église Notre-Dame-de-la-Victoire (Chrám Panny Marie Vítězné), dans le quartier de Malá Strana de Prague.

Cette statuette de l'Enfant Jésus de Prague a une histoire mouvementée à l'image de celle de Prague et de la Bohême. Mais c'est son origine qui suscita dès le début un vaste élan de dévotion. En effet, la statuette aurait été sculptée par un moine en Espagne et possédée par Sainte Thérèse d'Avila. Cette dernière confia l'objet à une amie : Maria Maximiliena Manrique de Lara y Mendoza. Il se trouve que la fille de cette noble espagnole, Polyxène, épousa le prince Lobkowitz, généralissime de l'empereur et roi de Bohême Ferdinand II de Habsbourg. Après la mort du prince en 1628, Polyxène fit don de la statuette aux Carmélites, installés depuis peu à Prague.

Source et pour plus de détails : Wikipédia .

Les quais du Rhône inspirent Prague

mardi 11 décembre 2012, par Gilles

Dans un article récent, il était question des nombreuses ressemblances entre la capitale de Bohème et celle des Gaules. 

Cette fois, un article du journal Lidovky paru en ligne le 5 décembre dernier fait état d'un nouveau lien entre les deux villes. Il y est question de l'aménagement des quais du Rhône : les espaces verts et piétonniers entre Gerland et la Tête d'Or réalisés il y a 4 ans pourraient en effet bien inspirer la ville de Prague pour ses projet d'aménagement des berges de la Vltava !

Les architectes paysagistes de In Situ, à qui nous devons ces réalisations ont présenté ces aménagements lors d'une conférence le 6 décembre à l'Institut Français de Prague.

Lire l'article entier (en tchèque) sur le site lidovky.cz

Pierres de Prague - Episode I

samedi 13 octobre 2012, par Wilfried

Selon la légende, le rabbin Loew façonna au XVIème siècle le Golem de Prague avec sa foi et de la simple argile. A partir d’une matière vile et inerte, il créa un être unique et aux pouvoirs surnaturels.

De même, depuis plus de 1000 ans, Prague a pris forme et vie que nous lui connaissons. Les hommes ont édifié pierre après pierre, brique après brique, cette cité aux multiples visages. Un mélange d’époques, d’architectures, de couleurs qui emportent sans cesse le regard et l’esprit dans un voyage historique et culturel.

Ensemble, les pierres de Prague forment alors un être vivant avec une esthétique et une âme propres. Nul parmi nous ne niera leurs pouvoirs...

Pierres de Prague épisode I : Une ville dans toutes ses dimensions !

Avec plus ou moins de succès, nous avons tous tenté de capturer un peu de Prague dans nos photos : un monument, une belle demeure, l’atmosphère qui règne ici ou là. Mais retranscrire Prague en plat sur carte postale n’est pas aisé. Aussi fidèle qu’il soit, le cliché est déjà bien réducteur. En effet, la ville occupe fièrement son espace et développe ses formes en hauteur, mais aussi en relief. Ainsi, la pierre se livre différemment, selon que nous la regardons à grande échelle ou à taille humaine…

Les clochers, tours et autres toits rehaussés rivalisent de formes pour toucher le ciel, et à chacun son style pour y parvenir. Érigés à de multiples fins, nous les apprécions pour leur symbole, leur histoire, leur beauté.

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De gauche à droite et de haut en bas : le palace Schwartzenberg (Schwarzenberský palác), église de Notre-Dame de Týn (Týnský chrám), le théâtre national (Národní divadlo), au coin de Králodvorská et U Prašné brány, la Maison municipale (Obecní dům), le palace Koruna (Palác Koruna).

Du plus majestueux, de l'incontournable, nous passons parfois au détail qui peut passer inaperçu. C'est souvent au hasard d'une promenade (ou d'un égarement) à l'écart des sentiers battus que des perles se découvrent. Être le nez en l’air peut être parfois opportun !

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Voršilská 8, au coin de Jilská et de Vejvodova.

Tout en sachant rester humble, nous pouvons toujours prendre Prague de haut en mettant à profit ses belvédères. Jalonnés par les plus grandes flèches, on devine les quartiers, les places. Là où les touristes se pressent… Là où nous aimons battre le pavé…

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Vue depuis la place devant le château (Hradčanské náměstí) à gauche et en haut de la tour de Petřín (Petřínská rozhledna) à droite.

C’est au pied du mur… que l’on voit le mieux les détails, la mise en relief de chaque bâtiment. Quand nous nous tenons juste devant elle, la pierre nous diffuse en retour toute sa fierté et son attraction.

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De gauche à droite et de haut en bas : la tour poudrière (Prašná brána), le long de Masarykovo nábřeží, Na Příkopě 14, l'église St Jacques le Majeur (Kostel svatého Jakuba Většího).

Les pierres ont bien sûr plein de choses à dire et à montrer. Mais nous verrons cela dans les prochains billets. A suivre...

Lyon : la cousine française de Prague

mardi 4 septembre 2012, par Gilles

Tous ceux qui connaissent bien ces deux villes auront remarqué les nombreuses ressemblances entre Prague et Lyon. C'est ce que souligne à juste titre un article publié récemment sur le site www.novinky.cz (Lire l'article complet en tchèque) indiquant également que "Lyon est la seconde plus grande agglomération médiévale, juste derrière Prague".

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A gauche : le pont Charles, Mala Strana et le chateau de Prague. A droite : le Pont Bonaparte, le vieux Lyon et la basilique de Fourvière

La première évidence qui saute aux yeux lorsque l'on découvre les deux villes, c'est la présence de l'eau qui se fraye un chemin entre les collines. De Petřin à Fourvière et de Hradčany à la Croix-Rousse, les cathédrales dominent, les bâtiments s'enchevêtrent et les fleuves n'en finissent plus de s'étaler à leur pied. Et si les ponts Lyonnais n'ont pas le charme du Karlův Most, il est facile de s'imaginer au coeur de Mala Strana lorsqu'on se perd dans les ruelles du vieux Lyon.

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A gauche : Prague vue de Petřin. A droite : Lyon vu de Fourvière

Puis, au delà de cette impression générale de cousinage, on commence à regarder les détails. Il y a définitivement plus qu'un "air de famille" entre la capitale de Bohème et celle des Gaules. Si les quartiers retrouvent leurs frères (tentez la ballade à l'ïle Barbe, puis à Žofin, pour vous en persuader), d'autres éléments semblent jumelés : les deux tours métalliques de Petřin et Fourvière, les horloges astronomiques de Staroměstká et Saint-Jean, les statues équestres de Vaclavské Náměstí et de la Place Bellecour...

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A gauche : Quais de la Vltava. A droite : Quais de Saône

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A gauche : la rue Nerudova à Mala Strana. A droite : la montée de la Grande Côte à la Croix-Rousse

Bien sûr, de la bière au Beaujolais et des knedliky aux quenelles, les différences sont aussi nombreuses. Et heureusement ! Que nous resterait-il à découvrir sinon ? Prague et Lyon ne sont pas les pâles copies l'une de l'autre... Mais comme deux cousines éloignées par le temps et l'espace, elles développent chacune à leur manière leurs lointaines origines et leur riche histoire... pour notre plus grand plaisir à tous.

U Černého Vola - Au Bœuf Noir - Prague

mercredi 25 avril 2012, par Gilles

au-boeuf-noir-prague.jpgAu dessus du Château de Prague, dans le quartier de Hradčany, non loin de la majestueuse colonnade classique du Palais Černín et du sanctuaire de Notre-Dame-de-Lorette, entre deux immeubles fièrement dressés sur leur passage voûté, vous trouverez la façade baroque ornée de mascarons et d'angelots d'un immeuble qui abrite la taverne Au Bœuf Noir - hospůdka U Černého Vola. Si vous voulez connaître une taverne praguoise typique, poussez la porte sommée d'un bas-relief présentant une Vierge à l'Enfant et Saint Luc l’Évangéliste (dont l’emblème est le taureau) aux couleurs pastelles délicieusement fanées et entrez. Voilà que s'offre à vous deux salles voûtées parfois enfumées (la cigarette est encore autorisée dans les lieux publics en République Tchèque) avec leurs tables en bois sombre, un comptoir et sa tireuse à bières, des murs décorés d'armoiries et beaucoup d'habitués, de travailleurs du quartier qui aiment se retrouver dans une ambiance chaleureuse. Ici, le menu est en tchèque et propose d'accompagner la bière Kozel de saucisses, de fromage mariné, de soupe, etc., bref des spécialités locales roboratives mais délicieuses car simples.

Aujourd'hui, vous ne rencontrerez plus le tavernier bougon qui faisait la réputation et la saveur chaleureuse du lieu (quelques uns parlaient de sa mauvaise humeur) car Bohumil LANDERGOT a pris sa retraite en 2011. Il était l'âme du Bœuf Noir qui a failli fermer alors... Voilà un article paru dans le magazine tchèque DNES, le 5 janvier 2012, de Jan MALINDA, traduit aimablement par Adéla :

L’année dernière a été pour la brasserie « U cerneho vola » (Au bœuf noir) une année mouvementée. L’aubergiste Bohumil Landergot a pris sa retraite et la brasserie a évité la fermeture de justesse. Nous nous y sommes arrêtés pour quelques bières et un peu de bavardage.

Comment s’en va le légendaire aubergiste en retraite ? Sans fanfares, en silence.

« Je suis fatigué. J’en avais assez. Essayez de rester debout tous les jours sans arrêt pendant douze heures ! » Il lève le menton en direction de son successeur qui remplit les demi-litres de bière et il soupire, las. « Ce n’est pas le travail qui me manque, pour le moment, ce sont les gens. J’ai passé ici plus de la moitié de ma vie, trente années au même endroit. Un jour j’y ai rencontré celle qui est devenue ma femme. »

Nous sommes assis à la brasserie « Au bœuf noir ». Si vous regardez depuis La Lorette, votre œil sera attiré par un cartouche peint sur la façade baroque. On dit que même le président Masaryk venait boire une bière ici, il attachait son cheval là, au poteau sous les arcades. L’aubergiste à l’époque, Josef Brinda, était un homme de caractère. Il s’adressait aux clients en gros mots et ne supportait pas que l’on lui tende un demi-litre vide. Il ne le reprenait que lorsque le client l’avait reposé sur la soucoupe.

Après la culbute en février 1948, la brasserie, elle aussi, a connu aussi son retournement historique. Elle a été transformée en centre de propagande politique.

« Puis le miracle s’est produit », poursuit Landergot. Les communistes ont rouvert la brasserie à l’occasion de la spartakiade en 1965. Pour que les gymnastes aient un lieu pour leur vie sociale.

« Les spartakiades, c’était l’horreur », gémit l’un des pilier du bistrot à la table d’à coté.

« Effectivement », approuve Landergot. « Pendant les spartakiades, nous devions être ouverts jusqu’à minuit et sans que ça nous rapporte quelque chose. Les gymnastes ne venaient pas. Ils préféraient prendre des raccourcis directement vers les fourrés du parc de Petrin ».

LE BLEU DE TRAVAIL INTERDIT !

« C’était en soixante-dix-sept. Où un an après ? Je ne sais plus », raconte notre personnage principal. « J‘étais salarié de RaJ (Restaurace a jídelny) et je travaillais comme maître d’hôtel au restaurant Loreta. Je me déplaçais en smoking sur une moquette moelleuse et quand on nous détachait temporairement ici, sur ce pavé, c’était le choc. Là-bas les mets sélectionnés et l’ambiance feutrée, ici les gars en bleus de travail guelaient après vous et vous bousculaient. »

Comment cela s’est fait que vous êtes finalement resté ici ?

« A cause des horaires. A Loreta, on était au boulot un jour, puis on avait un jour de repos. Ça me démolissait. Ici, les gars travaillaient le vendredi, le samedi, le dimanche et restaient chez eux le lundi et le mardi. Et surtout, on fermait à huit heures du soir. Alors j’ai jeté le smoking et enfilé la blouse. »

Les bribes de souvenirs sortent de la mémoire.

« Du temps du premier chef, les habitués avaient leurs propres demi-litres. Son successeur, Monsieur Capek les a jetés tous aux ordures. Il ne se souvenait pas à qui ils appartenaient. Il a essayé de réglementer aussi les tenues vestimentaires. Il a décrété que les bleus de travail seraient interdits à partir de 15 heures. Le résultat – les gars sont allés se changer et sont revenus en tenue de ville pour retrouver leurs verres à moitiés pleins ».

Le monde derrière les vitres, ce n’était que de la grisaille monotone. Les dirigeants au Kremlin défilaient comme les apôtres sur l’horloge. Les délégations, l’une plus rouge que l’autre, venaient au château dans leurs Tchaïkas. Ici aussi, les jours se suivaient et se ressemblaient. Sauf les jours des élections où l’on ne servait que la bière de dix degré.

« Le facteur Tonda Olsovsky venait à midi. Lorsqu’il apportait les retraites, les grand’mères de toute la Mala Strana téléphonaient pour savoir, s’il ne s’était pas oublié ici. Elles le suivaient humblement et il leur remettait leurs retraites ici, sur le coin de la table », se souvient Landergot tout ému.

« Ici, c’était un village », approuvent les autres.

Les chercheurs de l’Institut de recherches des machines à calculer qui ont mis au point le premier ordinateur tchécoslovaque avaient ici leur annexe.

Au fil des années la clientèle a changé. Si je regarde la salle aujourd’hui, nous, les anciens de Mala Strana, on est les cinq derniers, compte quelqu’un. Beaucoup sont décédés, regrette un autre.

A la fin des années quatre-vingt, c’est d’ici que l’on sortait le journal Lidové noviny édité illégalement. « Sous les yeux des agents STB qui buvaient debout à coté du feu, tout près du comptoir. Ils étaient quelquefois jusqu’à dix. Jamais ils ne sont assis, ils avaient leur petite table en Formica, avec un creux au milieu rempli avec de la bière renversée. Cela m’énervait, un jour j’ai pris le marteau et j’y ai fait un trou », raconte Landergot. La salle sourit. L’aubergiste Benda apporte d’autres demi-litres remplis de la douze degré de Velké Popovice.

BOHOUS, TU ECRIS TES MEMOIRES ?

Une nouvelle tête apparaît dans la porte. « Je me présente : Vaclav Jiracek, serveur. Pendant 50 ans j’habitais derrière ce mur. »
« Quand nous avions besoin de lui, il suffisait de taper contre le mur avec un cendrier », ajoute Landergot.

Madame Hana, la veuve du président Benes habitait le même immeuble.
On pouvait voir ici Dada Patrasova, jusqu’au jour où elle est partie avec Felix Sovacek dans sa Volvo.
« Karel Kryl était un homme exceptionnel », se souvient Jiracek. Après son retour de l’émigration, il s’asseyait ici avec Josef Skvorecky et Dana Salivarova. Un homme calme, gentil. Je lui ai raconté comment il nous donnait la force du temps du bolchevik. Quand j’étais en colère et j’avais bu quelques bières, je mettais mon magnétophone à bande avec les chansons de Kryl sur la fenêtre ouverte et je montais le son. Les gens s’arrêtaient et d’un seul coup il y avait cent mains qui applaudissaient ».

Au Bœuf noir, on pouvait croiser Bohumil Hrabal, une autre fois Emil Zatopek, plus tard Pavel Tigrid. « C’était un type exceptionnel », poursuit Jiracek, « il s’asseyait là-bas dans le coin et parlait à tout le monde. Pas comme les hommes politiques d’aujourd’hui ».

Après la révolution, Vaclav Havel s’est arrêté ici plusieurs fois. Il commandait une petite bière et un café.
Les sonneurs de cloches de Saint Guy ont leur table ici, quelquefois ils sont venus accompagnés par l’archevêque Dominik Duka.

« J’appréciais beaucoup Karel Pecka », se souvient Landergot.
« Lorsque les étudiants de FAMU ont tourné ses nouvelles, le tournage a eu lieu directement ici, dans la salle. On ne pouvait pas faire autrement. Mais seulement quelques prises de vue, la suite se passait dans des ateliers ». D’autres clients arrivent.

« Bohous, tu écris tes mémoires ? » plaisantent-t-ils avec mon interlocuteur.

« Il me tire des vers du nez » soupire Landergot. « Martas, apporte-nous en encore deux ! »
BATAILLE POUR LE CONTRAT
On n’entend pas ici la radio, il n’y a pas de télé.
« La télé ? Pourquoi faire ? » hausse les épaules l’aubergiste. Seulement les jours où il y avait le hockey sur glace, on en hissait une petite sur trois caisses de bière, mais de toute façon, cela ne servait à rien, on n’y voyait pas grande chose. »
« Pourquoi vous n’avez pas ici toutes ces bêtises dont les autres brasseries dégorgent ? Des panneaux publicitaires, des machines à sous, des nappes portant les noms des marques… » demande-je en regardant autour de moi.
« Ils ont insisté, ils me promettaient de l’argent, mais je n’ai pas cédé. Cela aurait été la fin de la brasserie tchèque traditionnelle. »
Lorsque après la révolution RaJ s’est décomposé et la brasserie était menacée d’être transformée en un établissement de luxe, les clients habituels ont fondé l’Association pour la sauvegarde de la brasserie U cerneho vola. Ils ont réussi à convaincre le ministre de la privatisation Tomas Jezek d’exclure la brasserie du processus de privatisation en lui promettant de la gérer tout en sauvegardant son esprit traditionnel et ses prix acceptables. C’était Landergot qui est sorti victorieux suite à l’appel d’offre. Il a respecté également la condition de verser annuellement une subvention d’au moins quatre cent mille couronnes à l’école voisine pour enfants avec des troubles de vue. Pendant que dans les ruelles sous le château on commençait à vendre les chapkas, les matriochka et le faux cristal, ici on remplissait les bocaux avec de la douze degré. Et cela continue ainsi.

Mais un jour la fin semblait proche.
A la fin de l’été dernier l’aubergiste était à bout de forces. Il a annoncé à la mairie son intention de raccrocher en proposant Martin Benda comme son successeur.
« A la mairie on m’a répondu que cela prendrait un mois et demi au plus. Mais la date d’expiration du contrat de location fin novembre est vite arrivée et sans réponse de la part de la mairie on a fermé le 1er décembre, » raconte Landergot.
Il semblait qu’un nouvel appel d’offres devrait avoir lieu, dans lequel ce ne serait plus le goût des clients fidèles qui serait décisif, mais une offre de loyer plus élevée, ce qui devrait se traduire par la hausse du prix de la bière. Les toilettes finiraient par être équipées de haut-parleurs pour que les clients puissent uriner aux rythmes de musique pop et de rock. Heureusement les gens ont réagi en organisant une pétition qui a été signée par presque huit mille personnes. Peu avant Noël la bonne nouvelle est arrivée : la brasserie reste ouverte. Pour le moment.
« Martin a déjà reçu le nouveau contrat, ça va bien se terminer, peut-être », dit Landergot.
Il finit sa bière et fait le dernier signe vers le comptoir : « Martin, encore une portion de « sekana » pour Monsieur le rédacteur. »
« Est-ce que la brasserie Au bœuf noir sera là dans cinquante ans ? » demande-je.
« Qui sait, c’est loin. Mais j’aimerais bien. Partout autour de nous il n’y a plus que des hôtels, des salons de thé… Je vois aussi l’effet que nous faisons aux touristes. Ils arrivent, boivent une bière et ils regardent tout étonnés autour d’eux, où est-ce qu’ils sont entrés.

Et vous Monsieur le rédacteur ? Vous en prendrez bien encore une ? Juste pour la route… »



Ce billet vous a donné envie d'y aller ? Voilà toutes les coordonnées de cette taverne tchèque mythique mais authentique

Brasserie U Černého Vola - Au bœuf noir
Loretánské náměstí 107/1 – 1 place de la Lorette
Prague 6 - Hradčany
Tramway ligne 22, arrêt Pohořelec

Lundi - pondělí 9.00 - 22.00
Mardi - úterý 9.00 - 22.00
Mercredi - středa 9.00 - 22.00
Jeudi - čtvrtek 9.00 - 22.00
Vendredi - pátek 9.00 - 22.00
Samedi - sobota 9.00 - 22.00
Dimanche - neděle 9.00 - 22.00



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