Association Franco-Tchèque de Lyon / Česko-francouzská asociace v Lyonu

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Pierres de Prague - Episode I

samedi 13 octobre 2012, par Wilfried

Selon la légende, le rabbin Loew façonna au XVIème siècle le Golem de Prague avec sa foi et de la simple argile. A partir d’une matière vile et inerte, il créa un être unique et aux pouvoirs surnaturels.

De même, depuis plus de 1000 ans, Prague a pris forme et vie que nous lui connaissons. Les hommes ont édifié pierre après pierre, brique après brique, cette cité aux multiples visages. Un mélange d’époques, d’architectures, de couleurs qui emportent sans cesse le regard et l’esprit dans un voyage historique et culturel.

Ensemble, les pierres de Prague forment alors un être vivant avec une esthétique et une âme propres. Nul parmi nous ne niera leurs pouvoirs...

Pierres de Prague épisode I : Une ville dans toutes ses dimensions !

Avec plus ou moins de succès, nous avons tous tenté de capturer un peu de Prague dans nos photos : un monument, une belle demeure, l’atmosphère qui règne ici ou là. Mais retranscrire Prague en plat sur carte postale n’est pas aisé. Aussi fidèle qu’il soit, le cliché est déjà bien réducteur. En effet, la ville occupe fièrement son espace et développe ses formes en hauteur, mais aussi en relief. Ainsi, la pierre se livre différemment, selon que nous la regardons à grande échelle ou à taille humaine…

Les clochers, tours et autres toits rehaussés rivalisent de formes pour toucher le ciel, et à chacun son style pour y parvenir. Érigés à de multiples fins, nous les apprécions pour leur symbole, leur histoire, leur beauté.

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De gauche à droite et de haut en bas : le palace Schwartzenberg (Schwarzenberský palác), église de Notre-Dame de Týn (Týnský chrám), le théâtre national (Národní divadlo), au coin de Králodvorská et U Prašné brány, la Maison municipale (Obecní dům), le palace Koruna (Palác Koruna).

Du plus majestueux, de l'incontournable, nous passons parfois au détail qui peut passer inaperçu. C'est souvent au hasard d'une promenade (ou d'un égarement) à l'écart des sentiers battus que des perles se découvrent. Être le nez en l’air peut être parfois opportun !

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Voršilská 8, au coin de Jilská et de Vejvodova.

Tout en sachant rester humble, nous pouvons toujours prendre Prague de haut en mettant à profit ses belvédères. Jalonnés par les plus grandes flèches, on devine les quartiers, les places. Là où les touristes se pressent… Là où nous aimons battre le pavé…

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Vue depuis la place devant le château (Hradčanské náměstí) à gauche et en haut de la tour de Petřín (Petřínská rozhledna) à droite.

C’est au pied du mur… que l’on voit le mieux les détails, la mise en relief de chaque bâtiment. Quand nous nous tenons juste devant elle, la pierre nous diffuse en retour toute sa fierté et son attraction.

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De gauche à droite et de haut en bas : la tour poudrière (Prašná brána), le long de Masarykovo nábřeží, Na Příkopě 14, l'église St Jacques le Majeur (Kostel svatého Jakuba Většího).

Les pierres ont bien sûr plein de choses à dire et à montrer. Mais nous verrons cela dans les prochains billets. A suivre...

L'AFTL à l'honneur sur Radio Praha

samedi 29 septembre 2012, par Gilles

Présente à Lyon la semaine dernière à l’occasion du match du Sparta Prague en coupe d’Europe de football, Radio Prague a profité de ce déplacement dans la capitale des Gaules pour aller à la rencontre et faire la découverte de notre association.
Ce rendez-vous a été l'occasion pour Fabrice et Adéla d'évoquer l'histoire de l'AFTL, ses activités, ses projets, ainsi que de parler de la présence tchèque dans la région.

Cliquez sur Radio Praha pour l'article complet...

Radio Praha

U Černého Vola - Au Bœuf Noir - Prague

mercredi 25 avril 2012, par Gilles

au-boeuf-noir-prague.jpgAu dessus du Château de Prague, dans le quartier de Hradčany, non loin de la majestueuse colonnade classique du Palais Černín et du sanctuaire de Notre-Dame-de-Lorette, entre deux immeubles fièrement dressés sur leur passage voûté, vous trouverez la façade baroque ornée de mascarons et d'angelots d'un immeuble qui abrite la taverne Au Bœuf Noir - hospůdka U Černého Vola. Si vous voulez connaître une taverne praguoise typique, poussez la porte sommée d'un bas-relief présentant une Vierge à l'Enfant et Saint Luc l’Évangéliste (dont l’emblème est le taureau) aux couleurs pastelles délicieusement fanées et entrez. Voilà que s'offre à vous deux salles voûtées parfois enfumées (la cigarette est encore autorisée dans les lieux publics en République Tchèque) avec leurs tables en bois sombre, un comptoir et sa tireuse à bières, des murs décorés d'armoiries et beaucoup d'habitués, de travailleurs du quartier qui aiment se retrouver dans une ambiance chaleureuse. Ici, le menu est en tchèque et propose d'accompagner la bière Kozel de saucisses, de fromage mariné, de soupe, etc., bref des spécialités locales roboratives mais délicieuses car simples.

Aujourd'hui, vous ne rencontrerez plus le tavernier bougon qui faisait la réputation et la saveur chaleureuse du lieu (quelques uns parlaient de sa mauvaise humeur) car Bohumil LANDERGOT a pris sa retraite en 2011. Il était l'âme du Bœuf Noir qui a failli fermer alors... Voilà un article paru dans le magazine tchèque DNES, le 5 janvier 2012, de Jan MALINDA, traduit aimablement par Adéla :

L’année dernière a été pour la brasserie « U cerneho vola » (Au bœuf noir) une année mouvementée. L’aubergiste Bohumil Landergot a pris sa retraite et la brasserie a évité la fermeture de justesse. Nous nous y sommes arrêtés pour quelques bières et un peu de bavardage.

Comment s’en va le légendaire aubergiste en retraite ? Sans fanfares, en silence.

« Je suis fatigué. J’en avais assez. Essayez de rester debout tous les jours sans arrêt pendant douze heures ! » Il lève le menton en direction de son successeur qui remplit les demi-litres de bière et il soupire, las. « Ce n’est pas le travail qui me manque, pour le moment, ce sont les gens. J’ai passé ici plus de la moitié de ma vie, trente années au même endroit. Un jour j’y ai rencontré celle qui est devenue ma femme. »

Nous sommes assis à la brasserie « Au bœuf noir ». Si vous regardez depuis La Lorette, votre œil sera attiré par un cartouche peint sur la façade baroque. On dit que même le président Masaryk venait boire une bière ici, il attachait son cheval là, au poteau sous les arcades. L’aubergiste à l’époque, Josef Brinda, était un homme de caractère. Il s’adressait aux clients en gros mots et ne supportait pas que l’on lui tende un demi-litre vide. Il ne le reprenait que lorsque le client l’avait reposé sur la soucoupe.

Après la culbute en février 1948, la brasserie, elle aussi, a connu aussi son retournement historique. Elle a été transformée en centre de propagande politique.

« Puis le miracle s’est produit », poursuit Landergot. Les communistes ont rouvert la brasserie à l’occasion de la spartakiade en 1965. Pour que les gymnastes aient un lieu pour leur vie sociale.

« Les spartakiades, c’était l’horreur », gémit l’un des pilier du bistrot à la table d’à coté.

« Effectivement », approuve Landergot. « Pendant les spartakiades, nous devions être ouverts jusqu’à minuit et sans que ça nous rapporte quelque chose. Les gymnastes ne venaient pas. Ils préféraient prendre des raccourcis directement vers les fourrés du parc de Petrin ».

LE BLEU DE TRAVAIL INTERDIT !

« C’était en soixante-dix-sept. Où un an après ? Je ne sais plus », raconte notre personnage principal. « J‘étais salarié de RaJ (Restaurace a jídelny) et je travaillais comme maître d’hôtel au restaurant Loreta. Je me déplaçais en smoking sur une moquette moelleuse et quand on nous détachait temporairement ici, sur ce pavé, c’était le choc. Là-bas les mets sélectionnés et l’ambiance feutrée, ici les gars en bleus de travail guelaient après vous et vous bousculaient. »

Comment cela s’est fait que vous êtes finalement resté ici ?

« A cause des horaires. A Loreta, on était au boulot un jour, puis on avait un jour de repos. Ça me démolissait. Ici, les gars travaillaient le vendredi, le samedi, le dimanche et restaient chez eux le lundi et le mardi. Et surtout, on fermait à huit heures du soir. Alors j’ai jeté le smoking et enfilé la blouse. »

Les bribes de souvenirs sortent de la mémoire.

« Du temps du premier chef, les habitués avaient leurs propres demi-litres. Son successeur, Monsieur Capek les a jetés tous aux ordures. Il ne se souvenait pas à qui ils appartenaient. Il a essayé de réglementer aussi les tenues vestimentaires. Il a décrété que les bleus de travail seraient interdits à partir de 15 heures. Le résultat – les gars sont allés se changer et sont revenus en tenue de ville pour retrouver leurs verres à moitiés pleins ».

Le monde derrière les vitres, ce n’était que de la grisaille monotone. Les dirigeants au Kremlin défilaient comme les apôtres sur l’horloge. Les délégations, l’une plus rouge que l’autre, venaient au château dans leurs Tchaïkas. Ici aussi, les jours se suivaient et se ressemblaient. Sauf les jours des élections où l’on ne servait que la bière de dix degré.

« Le facteur Tonda Olsovsky venait à midi. Lorsqu’il apportait les retraites, les grand’mères de toute la Mala Strana téléphonaient pour savoir, s’il ne s’était pas oublié ici. Elles le suivaient humblement et il leur remettait leurs retraites ici, sur le coin de la table », se souvient Landergot tout ému.

« Ici, c’était un village », approuvent les autres.

Les chercheurs de l’Institut de recherches des machines à calculer qui ont mis au point le premier ordinateur tchécoslovaque avaient ici leur annexe.

Au fil des années la clientèle a changé. Si je regarde la salle aujourd’hui, nous, les anciens de Mala Strana, on est les cinq derniers, compte quelqu’un. Beaucoup sont décédés, regrette un autre.

A la fin des années quatre-vingt, c’est d’ici que l’on sortait le journal Lidové noviny édité illégalement. « Sous les yeux des agents STB qui buvaient debout à coté du feu, tout près du comptoir. Ils étaient quelquefois jusqu’à dix. Jamais ils ne sont assis, ils avaient leur petite table en Formica, avec un creux au milieu rempli avec de la bière renversée. Cela m’énervait, un jour j’ai pris le marteau et j’y ai fait un trou », raconte Landergot. La salle sourit. L’aubergiste Benda apporte d’autres demi-litres remplis de la douze degré de Velké Popovice.

BOHOUS, TU ECRIS TES MEMOIRES ?

Une nouvelle tête apparaît dans la porte. « Je me présente : Vaclav Jiracek, serveur. Pendant 50 ans j’habitais derrière ce mur. »
« Quand nous avions besoin de lui, il suffisait de taper contre le mur avec un cendrier », ajoute Landergot.

Madame Hana, la veuve du président Benes habitait le même immeuble.
On pouvait voir ici Dada Patrasova, jusqu’au jour où elle est partie avec Felix Sovacek dans sa Volvo.
« Karel Kryl était un homme exceptionnel », se souvient Jiracek. Après son retour de l’émigration, il s’asseyait ici avec Josef Skvorecky et Dana Salivarova. Un homme calme, gentil. Je lui ai raconté comment il nous donnait la force du temps du bolchevik. Quand j’étais en colère et j’avais bu quelques bières, je mettais mon magnétophone à bande avec les chansons de Kryl sur la fenêtre ouverte et je montais le son. Les gens s’arrêtaient et d’un seul coup il y avait cent mains qui applaudissaient ».

Au Bœuf noir, on pouvait croiser Bohumil Hrabal, une autre fois Emil Zatopek, plus tard Pavel Tigrid. « C’était un type exceptionnel », poursuit Jiracek, « il s’asseyait là-bas dans le coin et parlait à tout le monde. Pas comme les hommes politiques d’aujourd’hui ».

Après la révolution, Vaclav Havel s’est arrêté ici plusieurs fois. Il commandait une petite bière et un café.
Les sonneurs de cloches de Saint Guy ont leur table ici, quelquefois ils sont venus accompagnés par l’archevêque Dominik Duka.

« J’appréciais beaucoup Karel Pecka », se souvient Landergot.
« Lorsque les étudiants de FAMU ont tourné ses nouvelles, le tournage a eu lieu directement ici, dans la salle. On ne pouvait pas faire autrement. Mais seulement quelques prises de vue, la suite se passait dans des ateliers ». D’autres clients arrivent.

« Bohous, tu écris tes mémoires ? » plaisantent-t-ils avec mon interlocuteur.

« Il me tire des vers du nez » soupire Landergot. « Martas, apporte-nous en encore deux ! »
BATAILLE POUR LE CONTRAT
On n’entend pas ici la radio, il n’y a pas de télé.
« La télé ? Pourquoi faire ? » hausse les épaules l’aubergiste. Seulement les jours où il y avait le hockey sur glace, on en hissait une petite sur trois caisses de bière, mais de toute façon, cela ne servait à rien, on n’y voyait pas grande chose. »
« Pourquoi vous n’avez pas ici toutes ces bêtises dont les autres brasseries dégorgent ? Des panneaux publicitaires, des machines à sous, des nappes portant les noms des marques… » demande-je en regardant autour de moi.
« Ils ont insisté, ils me promettaient de l’argent, mais je n’ai pas cédé. Cela aurait été la fin de la brasserie tchèque traditionnelle. »
Lorsque après la révolution RaJ s’est décomposé et la brasserie était menacée d’être transformée en un établissement de luxe, les clients habituels ont fondé l’Association pour la sauvegarde de la brasserie U cerneho vola. Ils ont réussi à convaincre le ministre de la privatisation Tomas Jezek d’exclure la brasserie du processus de privatisation en lui promettant de la gérer tout en sauvegardant son esprit traditionnel et ses prix acceptables. C’était Landergot qui est sorti victorieux suite à l’appel d’offre. Il a respecté également la condition de verser annuellement une subvention d’au moins quatre cent mille couronnes à l’école voisine pour enfants avec des troubles de vue. Pendant que dans les ruelles sous le château on commençait à vendre les chapkas, les matriochka et le faux cristal, ici on remplissait les bocaux avec de la douze degré. Et cela continue ainsi.

Mais un jour la fin semblait proche.
A la fin de l’été dernier l’aubergiste était à bout de forces. Il a annoncé à la mairie son intention de raccrocher en proposant Martin Benda comme son successeur.
« A la mairie on m’a répondu que cela prendrait un mois et demi au plus. Mais la date d’expiration du contrat de location fin novembre est vite arrivée et sans réponse de la part de la mairie on a fermé le 1er décembre, » raconte Landergot.
Il semblait qu’un nouvel appel d’offres devrait avoir lieu, dans lequel ce ne serait plus le goût des clients fidèles qui serait décisif, mais une offre de loyer plus élevée, ce qui devrait se traduire par la hausse du prix de la bière. Les toilettes finiraient par être équipées de haut-parleurs pour que les clients puissent uriner aux rythmes de musique pop et de rock. Heureusement les gens ont réagi en organisant une pétition qui a été signée par presque huit mille personnes. Peu avant Noël la bonne nouvelle est arrivée : la brasserie reste ouverte. Pour le moment.
« Martin a déjà reçu le nouveau contrat, ça va bien se terminer, peut-être », dit Landergot.
Il finit sa bière et fait le dernier signe vers le comptoir : « Martin, encore une portion de « sekana » pour Monsieur le rédacteur. »
« Est-ce que la brasserie Au bœuf noir sera là dans cinquante ans ? » demande-je.
« Qui sait, c’est loin. Mais j’aimerais bien. Partout autour de nous il n’y a plus que des hôtels, des salons de thé… Je vois aussi l’effet que nous faisons aux touristes. Ils arrivent, boivent une bière et ils regardent tout étonnés autour d’eux, où est-ce qu’ils sont entrés.

Et vous Monsieur le rédacteur ? Vous en prendrez bien encore une ? Juste pour la route… »



Ce billet vous a donné envie d'y aller ? Voilà toutes les coordonnées de cette taverne tchèque mythique mais authentique

Brasserie U Černého Vola - Au bœuf noir
Loretánské náměstí 107/1 – 1 place de la Lorette
Prague 6 - Hradčany
Tramway ligne 22, arrêt Pohořelec

Lundi - pondělí 9.00 - 22.00
Mardi - úterý 9.00 - 22.00
Mercredi - středa 9.00 - 22.00
Jeudi - čtvrtek 9.00 - 22.00
Vendredi - pátek 9.00 - 22.00
Samedi - sobota 9.00 - 22.00
Dimanche - neděle 9.00 - 22.00



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